Recrutement Emploi Travail Entretien Embauche
Interview d’Anne Dhoquois, auteur de ‘Premier emploi : quand les jeunes racontent’

Interview d’Anne Dhoquois, auteur de ‘Premier emploi : quand les jeunes racontent’

24 jeunes racontent leur intégration dans le monde du travail à la manière d’un carnet de bord ou de voyage. Le récit facilitant la confidence et un début d’introspection, il permet de faire part de ses découvertes, interrogations, erreurs, difficultés mais aussi des solutions trouvées pour dépasser les obstacles. Rapport à l’autorité, relations avec les collègues, compréhension des codes… tous les sujets clés sont abordés.

Anne Dhoquois, l’auteur du livre, répond aux questions du Blog pour l’Emploi.

Blog pour l’Emploi : D’abord, comment avez-vous identifié et sélectionné les 24 jeunes en poste pour la première fois et dont vous avez recueilli les témoignages ?

Anne Dhoquois : En utilisant principalement mon réseau personnel et professionnel. Pour ne pas avoir que des jeunes urbains plutôt diplômés, auxquels mon réseau personnel ou professionnel me donnait facilement accès, je me suis aussi dirigé vers les missions locales. Pour opérer ma sélection, il y avait des critères précis que je recherchais. Ils devaient tous avoir moins d’un an d’ancienneté au moment ou je les interviewais, et connaitre alors leur première expérience significative, même s’ils pouvaient avoir déjà vécu des expériences professionnelles, comme des stages ou des jobs d’été.

Quel fil rouge relie tous ces parcours, y a-t-il des points communs entre ces jeunes qui font chacun en 2009 leur entrée sur le marché du travail ?

L’échantillon que constitue ces 24 jeunes retenus pour le livre n’est pas un panel scientifique, même si je me suis efforcée de trouver une complémentarité au niveau des profils, des cursus et des diplômes, des fonctions ou des secteurs d’activité. Il est donc difficile de ‘théoriser ‘ autour de ces 24 témoignages.

Cependant, on peut noter qu’il y a un rapport commun au travail chez la fameuse génération Y basé sur une certaine exigence, qui ne porte pas forcément sur les missions mêmes du poste mais plus sur l’ambiance de travail. Il faut qu’on s’y sente bien, ça veut dire bien s’entendre avec les collègues, avec son patron, que celui-ci ne soit pas trop directif, qu’il fasse confiance…  Un jeune déclare avoir déjà changé de structure parce qu’il n’aimait pas l’ambiance de travail. Un autre dit ‘le patron m’a choisi mais moi aussi je l’ai choisi’.  Les jeunes peuvent ainsi rechercher des liens affectifs, le mot n’est pas trop fort, avec leur manager, comme s’ils avaient besoin de ce type de reconnaissance pour se sentir bien, pour accéder à un épanouissement personnel. Et si on ne le trouve pas, on est prêt à partir. Pour autant ce sont des bosseurs qui n’ont rien à voir avec la génération dilettante que certains dépeignent quand ils parlent de la génération Y.

Un autre point commun à cette génération c’est le sentiment de précarité professionnelle que beaucoup de jeunes partagent et ont bien intégré. Dans les cartes qui leur ont été distribuées durant leurs études, il y a celle qui explique qu’ils ne passeront pas toute leur vie dans la même entreprise, une sorte de  nomadisme professionnel  dont ils devront s’accommoder. Mais ça n’est plus l’épouvantail, parce que chacun sait qu’il va tôt ou tard y passer. Du coup, quand le CDI reste un rêve pour certains, il est de plus en plus vécu comme une prison pour d’autres, assez nombreux, qui n’ont pas envie de s’y engager. Si on a une mission en CDD à l’issue de laquelle on a prévu de partir faire le tour du monde avec son copain, on ne remet pas le programme en question, et on part à la fin de son contrat.

A la lecture des témoignages, on a le sentiment que les petites structures proposent un cadre plus rassurant, plus épanouissant comparé aux plus grands groupes. Comment cela s’explique-t-il ?

Parce que dans les PME, et chez les artisans en particulier, il y a un mot clé qui s’appelle la transmission et que les grands groupes ont oublié. L’intégration des jeunes recrues en est facilitée.  Et puis c’est souvent une ambiance familiale : la femme du patron qui apporte le café, les coups de main qu’on se donne entre collègues au travail ou à l’extérieur du boulot…  Dans ces conditions, certains jeunes qui ont pu avoir des difficultés scolaires importantes ont enfin eu le sentiment en entrant dans l’entreprise qu’on les prenait par la main.

Ces notions là, de proximité, de transmission des ainés vers les plus jeunes, ce sont des facteurs de bien-être et d’intégration dans l’entreprise, et ça n’a rien de nouveau.

A contrario, dans les grands groupes, une première barrière à l’intégration s’érige rapidement selon que l’on parle ou non le ‘langage grand groupe’. Et quand on ne le parle pas, c’est violent. Il s’agit de ces fameux codes, qui sont bien plus développés dans les grands groupes, qu’il s’agisse du comportement, de la manière de s’habiller, des conversations au déjeuner, bref, c’est ce que l’on n’apprend pas à l’école. Pour autant certains s’y sentent très bien, c’est le cas notamment de cette jeune fille qui travaille dans une grande banque, et s’y sent comme un poisson dans l’eau. Elle a un projet professionnel très précis, très ambitieux, elle prend rapidement l’initiative d’inviter à déjeuner les gens avec qui elle souhaite s’entretenir,  pour négocier notamment des points qui n’étaient pas prévus dans son contrat… elle a compris les codes du grand groupe, et sait en tirer partie. D’autres se confrontent à un mur, ou parlent d’hypocrisie, comme Christophe, qui travaille dans une association au moment où je le rencontre, et qui raconte ses périodes d’essai à répétition et les gaffes qu’il commet continuellement, jusqu’à ce qu’il comprenne un peu mieux comment cela fonctionne. La première dent du petit dernier de la responsable du service compta, il n’en a rien à faire,  et il ne va pas chercher à masquer son indifférence. Jusqu’à ce qu’il se rende compte que cela le dessert, parce que ce comportement ne correspond pas aux codes.  Pour autant, ni le diplôme, ni l’origine sociale ne prédispose à la connaissance de ces codes. On peut venir du 7eme arrondissement de Paris et ne pas les connaître.

L’âge auquel on accède au 1er emploi semble avoir une incidence sur le ressenti que les jeunes ont de cette première expérience professionnelle. La désillusion guête t-elle plus facilement les jeunes qui tardent à intégrer le monde de l’entreprise ?

Je n’ai pas eu cette lecture là. C’est vrai que les jeunes qui ont choisi des filières courtes, qui se sont confrontés tôt au monde du travail via l’alternance ou les stages,  savent peut-être un peu plus que les autres là où ils mettent les pieds, mais ça ne garantit pas qu’ils se sentiront bien dans leur premier emploi, ou en tout cas, mieux que les autres qui ont poursuivi leurs études plus longtemps. Reprenons l’exemple de la petite dont je parle, qui travaille dans une grande banque. Elle rentre relativement tard sur le marché du travail, mais pour autant, elle trouve rapidement ses marques.

Vous aviez publié en 2001 une livre de conseils appelé ‘le guide du premier emploi’. Qu’est ce qui a changé en 10 ans et quel conseil donneriez vous aux jeunes qui cherchent leur premier emploi en 2010 ?

Il y a eu plusieurs éditions depuis le livre de 2001. Mais je crois que ce qui a changé depuis cette époque, c’est surtout la crise que nous connaissons et ses conséquences. Même si on n’en est pas à la première crise, celle d’aujourd’hui est particulièrement violente et les jeunes lui paient un très lourd tribut, donc c’est probablement plus difficile pour eux d’accéder au premier emploi aujourd’hui par rapport à la situation d’il y a dix ans. Quant aux conseils que je leur donnerais, je n’aborderai pas les méthodes, comme l’utilité des candidatures spontanées, ou l’intérêt de développer son réseau de contact, via internet notamment, mais je parlerai plus volontiers d’un questionnement fondamental sur lequel on ne peut pas faire l’impasse : quel boulot correspond à ma propre personnalité ?
C’est d’ailleurs la question que pose une jeune hôtesse de caisse qui témoigne dans le livre : ‘comment savoir pour quel boulot on est fait ? ‘. Répondre à cette question est naturellement plus compliqué pour certains que pour d’autres, qui ont une vocation, ou une passion qui décidera pour eux du métier vers lequel se diriger. Mais dans ce questionnement se trouve la clé pour s’épanouir dans son boulot, un but que je souhaite évidement à chacun des jeunes que j’ai rencontré d’atteindre.

Donc, s’il n’y pas de réponse évidente, il faut tester. Au collège par exemple, les jeunes sont capables de citer 10 métiers seulement, ceux de leurs parents, journaliste, médecin, avocat… Il faut donc ouvrir leurs horizons, via les stages précoces, stimuler leur curiosité pour trouver l’orientation qui leur convient le mieux. Et aucune n’est indigne. Je repense à cette jeune fille qui s’épanouit après un bac  professionnel alors qu’elle a dû redoubler de nombreuses classes en voie générale car ses parents ne voulaient pas la voir faire autre chose. Elle dit alors cette phrase magnifique : ‘L’entreprise m’a fait aimer l’école’.

Ce livre, c’est vraiment l’histoire de l’adéquation entre une personnalité, un poste, et le cadre dans lequel on l’occupe.  Car un boulot ne se résume pas aux missions ou responsabilités dont on a la charge, c’est bien plus que ça. C’est des rapports aux gens, des horaires, des rythmes… Et on peut fantasmer des boulots puis se rendre compte qu’on n’est pas fait pour ça. Comment y renoncer, ce qui est très important aussi, comment on accepte ses erreurs, dans un pays où le droit à l’erreur n’est pas simple, afin de pouvoir se relancer sur une autre voie qui nous correspond plus, et d’y réussir.

Laissez un commentaire

BeKnown

L’expert de la semaine

Martine Donboly

Consultante et Coach en Communication, Image & Média - spécialisée dans la communication non-verbale - elle entraîne les professionnels à la prise de parole

Découvrir

CRÉER VOTRE BLOG

Soumettez-nous vos envies et les thèmes que vous souhaiteriez aborder au travers de notre formulaire.

Postuler

Derniers blogs créés

Voir tous les Blog