L’alternance fait rêver avec ses taux d’embauche qui frisent les 70%. Nicolas Sarkozy en a fait son cheval de bataille pour remettre les jeunes et les moins jeunes en selle. Décryptage de ses annonces phares du 1er mars 2011.
Jusqu’à 1 million d’alternants en 2015
L’alternance est un véritable passeport pour l’emploi. Et Nicolas Sarkozy de citer l’exemple allemand : « deux tiers des jeunes sont formés en alternance, en France un tiers des jeunes. Voilà la différence, voilà la raison du chômage des jeunes ». Outre-Rhin le taux de chômage des jeunes est de 10% contre près de 25 en France. Bon sang, mais c’est bien sûr ! L’alternance est LA solution. Nadine Morano, ministre en charge de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, appelait de ses vœux une révolution culturelle qui ferait de l’alternance une voie royale et non une voie de garage. Cette révolution est en marche ! 66% des Français plébiscitent aujourd’hui l’alternance et l’apprentissage1. Avec des formations allant du CAP au diplôme d’ingénieur dans plus de 500 métiers, les employeurs de tous secteurs comme les jeunes en sont fans.
Une palette de mesures
Statut des apprentis aligné sur celui des étudiants, aides en faveur de l’alternance pour les 45 ans et plus, simplification des démarches administratives, contrats d’objectifs et de moyens ciblés pour les régions, baisse de l’ancienneté requise des maîtres d’apprentissage… Mais aussi et surtout :
- Le Bonus malus
Tiens, un énième bonus malus censé inciter les entreprises à embaucher même si elles n’en ont pas besoin ? Mesure incitative ou… lucrative ? Le quota de 3% d’alternants dans les entreprises de plus de 250 salariés instauré en 2009 sera relevé à 4%. Actuellement la moyenne est de 1,7% dans ces entreprises. Si ces 4% sont atteints le président de la République espère 135 000 jeunes embauchés de plus chaque année. Le malus (comprenez la CSA ou contribution supplémentaire à l’apprentissage) sera plus juste : il sera modulé en fonction de l’effort de l’entreprise en faveur de l’alternance. Pour les bons élèves employant 4 à 6% d’alternants, une prime de 400€ par contrat et par an.
Ce qu’ils en pensent : Le Medef « regrette le relèvement des quotas assortis de sanctions financières » et Jean-François Pilliard, délégué général de la fédération de la métallurgie (UIMM) dont les entreprises vont devoir recruter 100 000 salariés par an les 8 prochaines années, se dit « viscéralement opposé aux mesures contraignantes, en l’occurrence les quotas ». L’UIMM annonce qu’il maintiendra son nombre d’apprentis à 35 000 jusqu’en 2012 comme ces 3 dernières années, et fera « éventuellement » un effort supplémentaire.
- Le Zéro charges
Exonération totale des charges sociales pendant 6 mois à compter du 1er mars 2011 pour les entreprises de moins de 250 salariéssignant en alternance avec un jeune de moins de 26 ans. Le gouvernement pense ainsi augmenter de 25% le nombre d’alternants dans ces entreprises, pour atteindre 50 000 contrats supplémentaires en 2 ans. Si la crise ne les empêche pas d’embaucher. Soit dit en passant, ces entreprises bénéficiaient en 2010 d’une exonération pendant 12 mois sans compter l’aide de 1 800 € par apprenti.
Ce qu’ils en pensent : Le nombre d’offres en alternance a chuté de 15% en moins de 2 ans. Et un sondage Ipsos publié en décembre 2010 révèle que 7 entrepreneurs sur 10 ont prévu d’employer moins d’apprentis en 20112.
- La Taxe d’apprentissage et financement de l’augmentation des apprentis
2 500 à 10 000€ par an, c’est ce que coûte une personne en alternance selon son âge et le diplôme visé. Si le nombre d’alternants augmente, il faut augmenter le financement. Elémentaire. La taxe d’apprentissage est aujourd’hui divisée entre le barème que les entreprises versent aux écoles de leur choix, et le quota qui finance les formations en apprentissage. Ce quota va croître avec l’augmentation de la masse salariale, ce qui permettra de dégager 60 à 90 millions d’euros par an, alors que le barème sera calculé en valeur absolue.
Ce qu’ils en pensent : L’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie s’inquiète. Les entreprises risquent de réduire leurs versements aux écoles capables de former leurs futurs salariés. Quant à l’Association des régions de France (ARF) elle estime que les 500 millions d’euros issus du grand emprunt et alloués à la création de places en CFA devraient plutôt servir aux innovations pédagogiques et à l’amélioration des conditions d’accueil des apprentis.
Aurait-on mis la charrue avant les bœufs ? Alors que syndicats et patronats discutent des moyens à mettre en œuvre pour développer l’alternance, la CFDT juge que les annonces du gouvernement risquent de dédouaner les organisations patronales dont elle attend des engagements chiffrés. Les partenaires sur le terrain auront-ils d’ailleurs leur mot à dire ? Peut-être, puisque le planning de mise en œuvre de ces mesures n’a pas été précisé, hormis la mesure « zéro charges » qui s’applique à compter du 1er mars 2011.
1- Sondage Opinionway réalisé du 2 au 4 février 2011 pour « le train pour l’emploi et l’égalité des chances ».
2- Etude Ipsos « Enquête sur l’apprentissage au sein des PME » réalisée auprès des dirigeants de PME de10 à 499 salariés pour la Fondation Auteuil. Décembre 2010.


