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Les métiers du livre ne connaissent pas la crise…de la vocation

Les métiers du livre ne connaissent pas la crise…de la vocation

Ni l’étroitesse du marché de l’emploi sur ce segment, ni les secousses qui affectent depuis des années l’industrie des biens culturels ne semblent amenuiser l’attraction qu’exerce le livre sur les candidats au sacerdoce ‒ c’en est un. Histoires de libraires et d’éditeurs, avis de professionnels sur les opportunités dans ces deux métiers.

 

« Ce qui m’attire dans le métier de libraire ? La vente ! Qui plus est dans un contexte où il faut redoubler de créativité pour relever les défis actuels, c’est très stimulant ! », s’exclame une étudiante de l’IUT métiers du livre Michel de Montaigne de l’Université Bordeaux 3, croisée lors de la septième édition de Lire en Poche, pionnier des salons du petit format. « La vente de livres ! » renchérit un de ses camarades. Le livre, « rapport poétique au monde » , comme le définit l’éditeur Stéphane Million, rencontré au salon gradignanais, objet de désir, voire de vénération, à la charge symbolique forte, au prestige incontesté car il reste le premier bien culturel en France.

 

Filière en sursis

On pourrait croire que peu importe à ces étudiants la disparition annoncée de près de mille librairies en France d’ici dix ans, comme le prévoit une étude publiée lors des dernières Rencontres Nationales de la Librairie. Mais à l’IUT, c’est à la réalité d’un marché et de ses débouchés qu’ils sont aussi préparés, sur les métiers traditionnels du livre : bibliothèques/médiathèques (que nous n’évoquerons pas ici car c’est de parcours dans le public qu’il s’agit), édition et librairie. Cette dernière filière est très professionnalisante pour les profils littéraires issus de Facs de Lettres, « elle leur donne une base de gestion, de compréhension du fonctionnement d’un compte de résultat, de la gestion d’un stock… », explique Jean-Marie Martin, de la librairie Formatlivre, professeur à l’IUT et président de l’Association des Librairies Atlantiques. Bon point pour le plus vieil IUT des métiers du livre de France, grâce à l’apprentissage, 77% de ses diplômés trouvent un emploi en librairie, très souvent dans l’entreprise où ils ont fait un stage. Est-ce pour autant dans une librairie indépendante, où tous nous avons un jour mis les pieds ? Non. Avec moins de 20% de livres vendus par les libraires traditionnels, c’est dans les grandes surfaces spécialisées (comme Cultura) et les espaces culturels de la grande distribution (comme ceux de Leclerc) qu’on parle le plus d’embauche aujourd’hui. « Il y a mieux en termes de reconnaissance et de professionnalisation car les gens sont souvent sous-employés, ils ne gèrent pas toujours les stocks, ne font pas leur choix, l’aspect conseil est moindre », signale Jean-Pierre Ohl, libraire à la Librairie Georges, intervenant à l’IUT sur les fonds en littérature… et auteur Gallimard.

 

Filière ouverte

Filière en danger, pauvre en débouchés pourrait-on se hâter de conclure. Sauf que les libraires indépendants ne se laisseront pas enterrer facilement. « Ils sont hyper créatifs, créent des événements, des services, développent des partenariats », réagit Paul-Emmanuel Roger, responsable du pôle ‒ particulièrement florissant ‒ Images et Arts chez Mollat. Même écho en région parisienne où LIBR’EST par exemple réinvente la librairie indépendante. Sauf que la flamme ne faiblit pas, qui anime ces lecteurs insatiables, qui, de plus, vous expliquent que les demandes d’inscription à l’IUT bordelais augmentent (il est, c’est vrai, avec ceux d’Aix-en-Provence et de Paris X Saint-Cloud, le plus réputé de l’hexagone), que le métier attire des profils de tous horizons, pour certains, expérimentés, prêts à se reconvertir. Un ex banquier, une chercheuse du CNRS, un ancien DRH d’une entreprise du Web… Ce sont des exemples, ils donnent envie de les suivre. Écoutez l’histoire de Jérôme Dayre, directeur d’Atout Livre, ou plutôt, lisez-la, ici (pages 18 à 30). Pas envie le temps de lire ? Synthèse : profil idéal du libraire entrepreneur du XXIe siècle, tombé tout petit dans les livres, puis, plus grand, dans la pub, le Minitel, le Web, les RH. Puis. Puis « l’envie de faire tout le contraire de ce que j’avais fait des années durant, c’est-à-dire d’être dans la proximité avec le client final ; de retrouver le contact humain ; après tant de temps passé dans des domaines virtuels, de retourner à quelque chose de concret, réel ; de me mettre en danger si un client revenait pour m’engueuler parce qu’il n’avait pas aimé un livre que je lui avais conseillé », raconte-t-il. Envie d’être libraire, pour résumer.

 

Tout n’est pas que littérature

L’ardente flamme, c’est bien beau mais gare à elle ! Aux amoureux du livre, débutants ou expérimentés, qui se projettent libraires, il importe de dire : ne vous trompez pas de moteur, un libraire est d’abord un commerçant. Aussi, une fois que vous avez vérifié la solidité de votre culture générale, de votre curiosité du monde, de votre appétit de lecture, mis à l’épreuve vos capacités de résistance à la routine ‒ elle fait aussi partie du métier ‒, sondé votre indifférence aux salaires peu attractifs, une fois que vous vous êtes formé ‒ oubliez l’idée que l’on peut rentrer dans le métier sans diplôme comme il y a vingt ans ‒, sachez qu’il faut savoir se délester de quelques rêves cramponnés à la littérature. « Il y a pléthore de profils littéraires, on manque de connaisseurs des sciences dures ou des sciences sociales, ne faites pas l’erreur de refuser les rayons hors littérature », prévient Jean-Marie Martin.

C’est d’ailleurs, peu ou prou, ce que vous diront les éditeurs. « Plus on va vers la littérature adulte de qualité, moins il y a d’opportunités », confirme Louis Chevaillier, responsable éditorial littérature contemporaine en Folio, chez Gallimard. Moins touchée par la crise du livre que ne l’est la librairie, l’édition¹ offre encore des opportunités. Mais c’est avec des pincettes que nous écrivons ceci car à moins d’avoir les relations idoines, vous avez peu de chances de trouver votre place dans ce sérail. Toutefois, les opportunités dans le monde de l’édition ne concernent pas forcément ses métiers traditionnels. Les attachés de presse, les profils marketing et commerciaux y sont plus que jamais utiles. « Sachez que la filière éditoriale n’est pas la seule pour rentrer dans une maison d’édition, qu’il existe des passerelles entre la librairie et l’édition et que certains domaines sont plus porteurs que d’autres, comme celui des guides pratiques, même s’il risque d’être profondément modifié avec le numérique », complète Louis Chevaillier. Parmi les multiples archipels qui constituent le monde éditorial, il en est un qui mériterait plus d’attention de la part des candidats, celui de l’édition professionnelle (du Médical, du Droit). Elsevier, LexisNexis, Springer Verlag, vous connaissez ? Peu importe votre réponse, ce qui compte c’est de savoir que les débouchés dans l’édition se trouvent aujourd’hui dans ce domaine²

 

Sophie Girardeau

 

 

 

 

 

 

¹Rapport social de la branche de l’Édition.

²Informations complémentaires sur le site de l’Asfored.

 

 

 

 

 

 

4 Réponses à “Les métiers du livre ne connaissent pas la crise…de la vocation”

  1. Pense-tu te transférer pour aller travailler à l’étranger? Ici tu trouveras les infos utiles desquelles tu auras besoin pour réussir dans ton entreprise!

  2. Il existe un métier peu connu dans l’édition, celui de technicien de fabrication.C’est lui qui organise et met en œuvre les moyens, internes et externes, permettant de fabriquer le livre, en respectant les critères de qualité, de coûts et de délais définis avec l’éditeur.
    L’Asfored y prépare grâce à son BTS Edition en alternance. Les diplômés issus de l’Asfored trouvent un emploi stable (CDI ou CDD de longue durée) au plus tard 5 mois après la fin de leur contrat d’apprentissage.80 % d’entre eux sont recrutés dans les 3 premiers mois (4 par an environ restent dans leur entreprise d’accueil).

  3. Bonjour,

    Je m’inscris en faux sur « à moins d’avoir les relations idoines, vous avez peu de chances de trouver votre place dans ce sérail ».

    Pour postuler sur le pôle littérature de Editis il suffit d’aller sur notre page Facebook (http://www.facebook.com/editis.litterature) ou sur notre compte Twitter (@editis_litt) pour y trouver nos offres de stages ou d’emploi.

    Aymeric Vincent
    DRH adjoint pôle littérature Editis

  4. Sophie dit :

    Mme Martin, M. Vincent, merci pour ces compléments d’informations.

    M. Vincent, je note votre inscription en faux, cependant la phrase que vous relevez est le reflet de propos recueillis lors d’interviews ou de conversations informelles avec d’autres éditeurs. Nul doute qu’il existe des exceptions, comme Editis.

    A bientôt, bonne journée,

    Sophie

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