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Emploi des personnes handicapées, une lecture des chiffres

Emploi des personnes handicapées, une lecture des chiffres

Forte mobilisation des entreprises, des politiques et des médias lors de la dernière Semaine pour l’Emploi des Personnes Handicapées (SEPH), part croissante des entreprises dépassant le quota des 6% mais augmentation inquiétante du nombre de demandeurs d’emploi handicapés. Des données à nuancer.

 

Dans les chiffres sur l’emploi des personnes handicapées, autant de raisons d’espérer que de s’alarmer. 49% des entreprises soumises au quota de travailleurs handicapés dépassent aujourd’hui les 6%. Espoir. Effet de la loi de 2005. En revanche, de 2010 à 2011, le nombre de demandeurs d’emploi handicapés a augmenté de 13,9% contre +4,3% pour l’ensemble de la population (source Agefiph). Découragement. Effet de la crise mais aussi du faible niveau de qualification de cette population (79% de niveau Bac, 31% de niveau CAP/BEP), de sa moyenne d’âge élevée (37% des demandeurs d’emploi handicapés ont plus de 50 ans), du chômage de longue durée qui freinent l’accès ou le retour à l’emploi.

Le sujet du handicap, dans sa complexité, nous pousse à regarder les choses autrement. Appliquons cela aux chiffres. Presque la moitié des entreprises concernées par les 6% ont compris l’intérêt d’une politique handicap, c’est un réel progrès. Parmi elles, certaines ont réalisé que s’acquitter de leur obligation légale en payant était très onéreux et coûterait désormais encore plus cher — la contribution triple en effet à partir de cette année pour les entreprises à « quota zéro » n’ayant initié aucune action en faveur de l’emploi des personnes handicapées avant le 31 décembre 2011 (elles sont 18%). Elles ont aussi compris que l’intérêt de l’insertion de personnes handicapées n’était pas que financier. « Elles y ont vu un enjeu managérial ou RH, au fur et à mesure du déroulement de leur accord, leurs peurs se sont atténuées, elles ont trouvé un sens à cette obligation légale, mesuré l’efficacité de process mis en place », pointe Damien Nancy, directeur associé d’Allister Diversité. La pression financière accrue va sans nul doute favoriser l’implication des entreprises encore en retrait sur ce sujet. Néanmoins, c’est de véritables chantiers qu’il s’agit, nécessitant sans relâche information, sensibilisation, implication et créativité car  « certaines, de par la nature de leur métier, produisent du handicap mais l’étroitesse de la palette de leurs métiers empêche la reconversion ou le maintien dans l’emploi,  c’est le cas dans les secteurs des BTP et de la Santé par exemple ; d’autres, comme les Big Five de l’audit et du conseil, envisagent difficilement l’intégration de salariés handicapés ; pour d’autres encore, du secteur des services, c’est le niveau de qualification des salariés handicapés qui pêche », observe-t-il. Par ailleurs, dans le quota sont inclus les partenariats avec les ESAT. La loi de 2005 leur a donné plus de moyens pour être de vrais acteurs économiques et il existe aujourd’hui de belles histoires entre les ESAT et les entreprises.

Quid de l’augmentation significative du nombre de demandeurs d’emploi handicapés ? Elle est bien sûr le signe que malgré les bons résultats, il ne faut pas baisser la garde. « Aujourd’hui, le discours autour de handicap est très bien maîtrisé, mais trop d’entreprises encore ont le vernis mais pas les actions », estime Damien Nancy. Il modère toutefois cette hausse : « Les déclarations de handicap de la part des salariés sont plus nombreuses qu’avant, certains réalisent en effet que cela peut être un plus sur leur CV ». Des discussions informelles confirment cette tendance. Des cabinets de conseil auraient vu débarquer dernièrement des charrettes entières de candidats avec un handicap jusque là soigneusement tu. N’ayant pas tout à fait le niveau, ils postulent quand même ; maintenant que le handicap est devenu plus attractif pour les entreprises, ils voient un intérêt à le déclarer. On peut donc lire aussi un progrès dans cette hausse. Il y a quelques années, l’omerta prévalait, déclarer son handicap équivalait à se mettre en danger. Ironie du sort — dans laquelle il faut voir un autre signe positif même s’il s’agit encore d’un épiphénomène —, dans certaines entreprises où la politique handicap porte ses fruits, quelques salariés sont si bien intégrés qu’ils ne voient pas l’intérêt de renouveler leur RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé). Le handicap n’est plus un sujet pour eux. Le non sujet plus que l’atteinte ou le dépassement de quotas, tel est le signe que l’on a touché au but.

Sophie Girardeau

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