Recrutement Emploi Travail Entretien Embauche
Prospecter en porte-à-porte pour décrocher un entretien, bonne ou mauvaise idée ?

Prospecter en porte-à-porte pour décrocher un entretien, bonne ou mauvaise idée ?

Nouvelle imageChercher un emploi nécessite de prospecter. Le porte-à-porte étant une technique de prospection, pourquoi ne pas vous en servir pour décrocher un entretien d’embauche ? Deux recruteurs donnent leur avis, ils sont divergents. Pour les départager, l’expérience très concluante de deux témoins.

À l’heure du mailing de masse, voire du spamming, à une époque où bien des candidats envoient leur candidature sans le moindre mot en corps de mail et encore moins de lettre de motivation, à plusieurs cabinets à la fois, en copie cachée ou non, faire du porte-à-porte pour décrocher un entretien d’embauche est-il une bonne idée ? Laissons le pour et le contre s’exprimer. Et les faits parler.

Contre : « La visite surprise aujourd’hui n’est pas un cadeau, elle casse le rythme de travail de la personne que l’on cherche à rencontrer. On est dans un problème de timing non organisé dans une société très codée. Et, dans un monde où tout le monde est pressé et sous pression, cela peut être perçu comme un dérangement, voire du forcing ; de plus, en cas de filtrage à l’accueil de l’entreprise, la démarche est vaine. La rencontre réelle, en soi, c’est très bien mais les gens sont excessivement tendus actuellement, mieux vaut la créer dans un cadre qui la favorise davantage comme un after work ou un événement de speed dating professionnel. De plus, on communique beaucoup sur la différence aujourd’hui, sur la créativité, l’originalité et au final on recrute des clones. » L’avis de Thierry Andrieux, fondateur du cabinet Humanessence fait saillir non pas un paradoxe – ce n’en est pas un – mais le fait que le marketing et la communication prennent le pas sur la réalité de l’entreprise…

Pour : « C’est une façon de sortir du lot et de derrière son écran, mais ne rêvons pas, la démarche n’est pas envisageable auprès des grands groupes. Elle l’est en revanche dans les PME de moins de cinquante personnes, environ. On l’imagine assez bien dans les entreprises artisanales, dans la restauration, les commerces – avez-vous remarqué le nombre de boutiques qui affichent en vitrine « Cherche vendeur/vendeuse » ? –, les sociétés de services BtoC, sur les chantiers… Dans cette démarche, on pose des gestes, on rend sa candidature vivante, on montre qu’on est motivé, dynamique, qu’on a envie, qu’on n’est pas un assisté. Ce n’est pas une baguette magique mais une opportunité qu’on se rappelle de vous, il serait dommage de censurer cette possibilité. » Béatrice Louvet, directrice générale du Groupe Transition, défend l’expérimentation du porte-à-porte, comme une chance de plus qu’on se donne, combinée à toutes les autres actions que l’on met en œuvre pour trouver un emploi.

Dans les faits : Cécile et Laure ont tenté l’expérience. La première, comptable auxiliaire à la recherche d’un poste de comptable fournisseur, a poussé une à une les portes de toutes les entreprises implantées dans la zone industrielle proche de son domicile. Le soir même elle avait trouvé un job. « Il suffit de tomber sur un employeur opportuniste, qui verra par exemple tous les avantages à recruter quelqu’un habitant près de son lieu de travail, ou un patron désemparé par le départ soudain d’un de ses employés, n’ayant pas les moyens de publier une offre d’emploi ou de recourir aux services d’un recruteur », analyse Béatrice Louvet. Dans le cas de Cécile, c’est ce qui s’est produit : elle ne pouvait pas mieux tomber, la comptable fournisseur d’une entreprise dont elle a poussé la porte avait annoncé sa démission pour suivre son mari dans une autre région. La seconde, jeune diplômée préparant un BTS esthétique en alternance a sillonné dans un rayon de 10 kilomètres à la ronde tous les centres d’esthétiques de son secteur. En trois jours elle a récolté plusieurs propositions. L’embarras du choix mais surtout la satisfaction de l’employeur trouvé.

Le porte-à-porte sans forcing

Cécile et Laure sont sans doute des exceptions à une époque où l’on postule d’un clic. Si elles ont réussi c’est qu’elles étaient munies d’outils efficaces.
Une accroche : préparez votre pitch, cette brève présentation de vous-même qui retient l’attention d’un interlocuteur. « La peur de la première minute où il faut parler peut vous paralyser, sachez que vous serez d’ailleurs peut-être mauvais la première fois, et même la deuxième et la troisième. Persévérez quand même, peu à peu votre discours va se roder », conseille Béatrice Louvet.
Une tenue : être présentable est fondamental et il importe d’adapter son look à l’environnement ciblé. Vous n’êtes ni en balade ni un touriste, vous êtes le commercial de vous-même, qui prospecte pour trouver un emploi.
Un CV : celui-ci doit bien évidemment être un CV à jour.
Un sourire : un des intérêts de cette démarche est de pouvoir jouer la carte de la sympathie avec la personne de l’accueil, vous savez, celle qui dira entre deux portes à son patron : Il y a une personne qui souhaiterait vous rencontrer, elle présente bien, elle a l’air motivée, intéressée par ce qu’on fait. Etc. Et ainsi, fera atterrir votre CV sur le haut de la pile au cas où un entretien immédiat ne serait pas possible. Le sourire se marie très bien à la politesse et à l’humilité.

« Essayez de cibler les entreprises dont le créateur est toujours impliqué dans le processus de recrutement. Intégrez à l’avance que la personne que vous voudriez rencontrer ne sera pas disponible ou absente, ne soyez donc pas dans l’optique d’obtenir immédiatement un entretien, mais soyez-y prêt dans tous les cas », conseille Béatrice Louvet. Dans cette démarche vous devez en effet être autant préparé que si vous étiez convoqué à un entretien. Thierry Andrieux de son côté préconise, outre un ciblage précis de la structure, d’être « dans une demande périphérique » pour éviter le risque de paraître intrusif.

Enfin, au cas où vous cibleriez un grand groupe que vous rêvez de rejoindre, bien que vos chances en porte-à-porte soient ultra minces, veillez à respecter la procédure de recrutement. Elle demande de postuler par email ? Postulez par email. Et ensuite, parce que vous ne voulez pas que votre candidature soit noyée dans la masse, vous pouvez envisager de vous présenter à l’accueil, muni de votre plus beau sourire, de l’humilité nécessaire à la démarche, – cette attitude est valable dans tous les types d’entreprise –, fort de votre accroche bien rodée et de votre douce persévérance.

Sophie Girardeau

Laissez un commentaire